Pourquoi une phase de réflexion individuelle ?

Cela ne vous a sans doute pas échappé : lors d’une séance @EMCpartageons, les activités collectives à l’oral sont précédées par une phase individuelle. Cet article vise à mettre en lumière le pourquoi de cette suggestion.phase individuelle

QUESTIONNEMENT INITIAL ET HYPOTHESE

Bon nombre d’activités préconisées dans les programmes de 2015 appartiennent à la catégorie des débats : débat réglé, discussion à visée philosophique, dilemme moral, clarification des valeurs… Nous nous sommes donc intéressés à la communication, et plus spécifiquement à la communication au sein d’un groupe, en nous appuyant notamment sur l’ouvrage Psychologie de la communication de Jean-Claude ABRIC. Ce dernier reprend l’approche de Kurt LEWIN sur le fonctionnement psychologique individuel et le processus de groupe.

Deux postulats ont retenu notre attention :

« C’est le groupe, la situation de groupe, qui détermine les individus ». Ainsi l’individu en groupe serait « différent de l’individu isolé » (J.-C. ABRIC).

Tout groupe est soumis à un phénomène de leadership.

Cela amène à s’interroger sur les énoncés oraux émis lors d’un débat mené au sein d’une classe. Dans quelle mesure l’influence du groupe empêche-t-elle les élèves d’exprimer leur avis ? Certains d’entre eux ne vont-ils pas chercher à montrer leur adhésion aux idées du leader ou de la majorité, s’empêchant ainsi d’avoir leur propre point de vue ou de manifester un désaccord ?

Par ailleurs, un questionnement spécifique se pose avec certains élèves à besoins éducatifs particuliers : comment parvenir à ce qu’ils puissent s’impliquer dans cette discipline ? Comment amener chacun à tenter de définir des concepts, de se construire un avis, de vouloir partager ses opinions, d’interroger ses jugements initiaux, d’entendre ceux des autres, etc. ?     Notre analyse s’est ici focalisée essentiellement sur les fonctions cognitives et sur la motivation : compréhension d’un scénario (traitement des informations, dimension affective, concepts mis en jeu…), formation d’un jugement moral ou d’une idée (capacité à anticiper les conséquences liées à un choix dans le cas du dilemme moral et de la clarification des valeurs par exemple), envie de communiquer, attention sollicitée au cours des échanges, etc.

Nous avons émis l’hypothèse qu’il serait préférable de mettre en place un temps de réflexion individuelle précédant les échanges oraux en collectif.

catégo

POURQUOI UNE PHASE INDIVIDUELLE ?

Cette phase vise, en premier lieu, à favoriser l’appropriation d’un thème qui concerne tous les élèves, et à faire émerger un questionnement et une réflexion chez chacun. Un élève n’ayant pas participé oralement au cours d’une séance (passif, timide, voire avec trouble du langage oral ou de la communication) aura a minima pu réfléchir au même sujet que le reste du groupe classe. Il prendra donc probablement plus aisément en compte les différents propos entendus, car ceux-ci feront écho ou au contraire s’opposeront peut-être à ses points de vue.

Chaque élève a ainsi l’occasion de penser par lui-même, librement, hors du groupe, en appui sur un support que l’on cherche au préalable à rendre accessible (l’accès au sens ne doit pas entraver la capacité à émettre un jugement moral ou une idée).

Côté enseignant, la phase individuelle permet de découvrir les représentations ou les différentes idées émanant de la classe. Ce dernier pourra ultérieurement donner la parole à des élèves ayant des avis divergents pour susciter le débat, et encourager certains à prendre la parole.

MISE EN OEUVRE

Il est conseillé de varier les entrées choisies (divers supports sont mentionnés dans les programmes de 2015), en s’appuyant sur des textes littéraires, les arts visuels, les médias (la recherche d’informations par exemple)… Cf. boîte à outils du site avec différentes pistes proposées.

Par ailleurs, il est nécessaire que les supports retenus soient prévus avec des versions adaptées (étayage visuel, simplification et mise en forme du texte…) de manière à répondre aux besoins de certains élèves, pour s’assurer que chacun puisse entrer dans une réflexion destinée à être ensuite partagée (lors de la phase collective et de la publication). Le dispositif propose, grâce à la collaboration des enseignants volontaires, de penser ensemble des adaptations et des aides pour chaque séance, pour en favoriser l’accessibilité.

QUID DE LA MOTIVATION ?

Dans leur théorie de l’auto-détermination, Deci et Ryan distinguent la motivation intrinsèque, liée à la pratique d’une activité pour l’intérêt qu’elle présente en elle-même, et la motivation extrinsèque basée sur l’engagement dans une activité en vue d’en retirer quelque chose de plaisant ou d’éviter quelque chose de déplaisant.

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Nous pensons développer la motivation intrinsèque des élèves à travers la variété des activités proposées, de manière à toujours les « surprendre », au sein d’une séance pourtant très cadrée, donc rassurante. L’originalité est recherchée et tout est prétexte au lancement d’un nouveau thème de réflexion : défis (sensibilisation au handicap, rallye web autour de personnalités…), tri d’images, mur de mots suite à un jeu en EPS, ou encore activité de décoration de chambres d’enfants pour découvrir la notion de stéréotypes de genre…

La motivation intrinsèque est également  favorisée car les élèves sont toujours en réussite dès lors qu’ils produisent : hormis les situations de recherche d’informations, étroitement liées à l’EMI, il n’y a pas de « mauvaises » réponses. En effet, chaque point de vue est acceptable du moment qu’il peut être justifié. C’est précisément leur diversité qui va enrichir la séance en venant bouleverser les représentations initiales, ou interroger la provenance de ces représentations.

La motivation extrinsèque est quant à elle développée par l’action de valorisation de l’enseignant, lorsque les élèves osent exprimer leur avis et s’essayent à l’argumentation. De plus, les principaux points de vue dégagés au cours de la séance sont publiés à la fin de celle-ci, une manière de s’engager suscitant un fort engouement.

Publication

L’ECOLE INCLUSIVE

En conclusion, la phase individuelle est destinée à atteindre l’ensemble des élèves d’un groupe classe (ou bénéficiant d’un temps partagé de scolarisation dans cette discipline), quels que soient les obstacles qui limiteraient leur compréhension des situations abordées ou leur participation orale, tout en cherchant à faciliter cette prise de parole.

Elle concourt donc à rendre les séances d’EMC inclusives.

Mélanie BACHIMONT (mel_bachimont)

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