Autisme et émotions : quelques pistes !

L’axe « sensibilité : soi et les autres » est un nouvel élément apparu dans les programmes d’EMC. Il consiste notamment à apprendre aux élèves à identifier les principales émotions (joie, tristesse, colère, peur) et à les exprimer. Ces compétences sont fondamentales dans la vie quotidienne et le vivre ensemble.

Pouvoir reconnaître des émotions permet de mieux comprendre l’autre et d’être capable d’empathie. Être en mesure de communiquer ses émotions permet de ne pas se laisser submerger par elles : lorsque les mots manquent, il est fréquent de voir des élèves avoir recours à d’autres moyens pour se faire comprendre (coups, crises…).

L’élève porteur de troubles du spectre autistique (TSA) éprouve le plus souvent grand mal à « lire dans le regard de l’autre ses émotions et ses pensées, à interpréter les mimiques de son visage, ses gestes et ses postures, toutes choses absolument nécessaires pour s’ajuster à lui dans une interaction ». (Scolariser les élèves autistes ou présentant des troubles envahissants du développement, MEN)

Il est donc essentiel de leur enseigner comment décoder leurs propres états mentaux et ceux des autres. Cet article vise à expliciter quelques Besoins Educatifs Particuliers (BEP) rencontrés par des élèves porteurs de TSA, et à donner quelques pistes de médiations possibles.

S’intéresser à l’humain

Bon nombre d’enfants autistes rencontrent « des difficultés à attribuer simultanément des sentiments et des pensées à leurs semblables et à eux-mêmes – à se constituer ce que les spécialistes appellent une théorie de l’esprit ». (Scolariser les élèves autistes ou présentant des troubles envahissants du développement, MEN)

Beaucoup semblent s’intéresser davantage aux choses (souvent aux mêmes objets du fait de leurs intérêts restreints) qu’aux être humains. Ceci s’explique par le fait qu’ils ne prennent pas en compte toutes les spécificités de l’être humain, telle sa vie intérieure. Ces élèves ont besoin de « prêter attention à leurs pairs et aux référents adultes », voire même d’ « accepter le contact visuel » ou de « pouvoir observer de façon soutenue » autrui (Référentiel de potentialités et de besoins, V. BARRY).

Il est donc nécessaire de mettre en œuvre des situations amenant l’élève autiste à être en interaction avec autrui, à travers des situations de jeu ou de partage d’intérêts, des situations d’imitation de gestes… Il est par exemple possible d’organiser à cet effet dans la structuration spatiale de sa classe, une zone de jeux partagés. Par ailleurs, il ne faut pas hésiter à inciter les élèves au jeu collectif en petit groupe au cours des récréations.

Identifier les émotions

Pour être capable d’identifier les émotions chez les autres, certains élèves ont besoin de « s’intéresser aux messages gestuels, mimiques, regards, onomatopées, etc. », et/ou de « s’intéresser aux ressentis et émotions chez l’autre » (RPB de V. BARRY). Il s’agit donc d’attirer leur attention sur cet aspect en leur apprenant à orienter leur regard sur les visages.

Pour apprendre aux élèves à associer les expressions d’émotions (joie, tristesse, peur, colère…) à ces mêmes émotions, il est possible de passer par différents types de supports :

  • mimer des émotions / filmer et y revenir
  • catégoriser des photographies : des élèves de la classe, de personnes inconnues (attirer l’attention sur les expressions du visage : yeux, bouche, sourcils… et sur la posture du corps)
  • représenter des émotions : dessin, pâte à modeler, etc.
  • travailler autour des onomatopées : enregistrement des élèves, loto des onomatopées…
  • fabriquer des recueils : ajouter des photos, dessins, images rencontrées dans des albums ou des vidéos, œuvres d’art…

À noter que l’application Autimo (Auticiel) propose des exercices d’association d’émotions avec plusieurs niveaux de difficultés, et permet de fabriquer des recueils (possibilité d’insérer vidéos ou images de la banque de l’application, ou d’ajouter son propre contenu). L’application iFEEL (Auticiel) permet d’aider et d’apprendre à exprimer une émotion, un besoin, une douleur.

Mettre en relation émotion et contexte

Le contexte fait partie du champ conceptuel des émotions : en effet, celles-ci surviennent la plupart du temps en conséquence à un évènement particulier. Certains élèves ont besoin de « comprendre qu’autrui peut percevoir (ressentir, etc.) autre chose que ce que l’on perçoit (ressent, etc.) » (RPB de V. BARRY).

Travailler autour du contexte permet ainsi de donner à l’élève des indices pour décoder ses propres états mentaux et ceux des autres. Il est donc possible d’aborder cette composante :

  • en ouvrant un « cahier d’observation des émotions » personnel (merci à @Romypartage pour l’idée !), permettant d’analyser le contexte de son apparition et les effets ressentis
  • en proposant des exercices d’association entre évènement et émotion : par exemple, avec un jeu de paires, ou avec l’application iSéquences qui propose à l’élève de trouver l’émotion que va ressentir le personnage (après avoir reconstitué un évènement dans l’ordre chronologique)
  • en menant un travail spécifique autour des connecteurs logiques (donc, alors, parce que, car…) et des productions orales et/ou écrites mettant en relation évènement et émotion.

Exprimer ses émotions et comprendre celles exprimées par autrui

Chez certains élèves, le besoin sera d’ordre relationnel : « avoir envie de communiquer avec ses pairs ou les référents adultes » (RPB de V. BARRY) ; certains peuvent avoir (également) un besoin d’ordre culturel : « pouvoir communiquer en langue française de façon à comprendre et faire comprendre à autrui des pensées, des sentiments » (RPB de V. BARRY).

Pour développer la motivation à communiquer avec des élèves porteurs de TSA, il ne faut pas hésiter à employer des « renforçateurs » positifs (valorisation, félicitations) et bien sûr, à prendre en compte et à répondre à leur sollicitation : « Tu es en colère, je te propose… » / l’enfant choisit parmi les possibilités (s’isoler, faire une activité calme, etc.). Il est important de montrer à l’élève que celui-ci est compris et de mettre en évidence le rôle du langage (communiquer entraîne une conséquence).

Concernant le besoin langagier, il est nécessaire de proposer des outils alternatifs au langage verbal pour les élèves qui ne parlent pas : pour certains élèves peu avancés dans la symbolisation, on privilégiera les photos ; pour d’autres, on pourra proposer des images et/ou des pictogrammes pour communiquer.

Les pictogrammes peuvent aussi venir en soutien du langage verbal. Dans cet esprit, le dispositif @EMCpartageons propose une « trousse » de mots pour aider les élèves à mettre en mots leurs émotions (cf. banque de mots de la séquence #EMCémotions).

Pour les lecteurs, on pourra également instaurer un mur de mots visant à enrichir le stock lexical des élèves, en réception et en production. Ce mur pourra être employé dans diverses situations : oralement, pour communiquer une émotion (par exemple dans le cadre d’un message clair) ; en lecture et compréhension de l’écrit pour comprendre les émotions des personnages (les nouveaux mots rencontrés pourront être ajoutés au fil de l’année) ; en situation d’écriture (cahier d’observation des émotions, reformulation des idées importantes d’un texte…). Il est préférable que ce mur soit aussi organisé par classe grammaticale pour en faciliter l’usage (« Je suis + adjectif exprimant une émotion » / « Je ressens de la + nom de l’émotion » etc.).

N’hésitez pas à enrichir cet article, en nous faisant part de vos pratiques ! #Partageons !

Mélanie Bachimont (@mel_bachimont), coordonnatrice ULIS école TED / MF ASH, école élémentaire d’application Léo Lagrange, Créteil (94)

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