Enseigner les émotions : une réflexion collective !

Cet article vise à établir de manière non exhaustive des manières d’aborder et d’enseigner les émotions en classe, en lien avec les programmes d’EMC de 2015, où il est demandé d’apprendre aux élèves à identifier et à exprimer leurs émotions.

Il n’est pas le fruit d’une réflexion initiale, mais prend appui sur une séquence conçue de manière collaborative et expérimentée en classe : le #DéfiMurDesÉmotions. Les enseignants ont été invités à partager leur expérience autour de ce « commun ». Cette séquence a donné lieu à des aménagements différents, des productions et des échanges variés.

Cette analyse conjointe de la séquence consistait à exprimer des réussites, des points d’amélioration et des prolongements possibles. L’idée était ici de faire ressortir des éléments incontournables pour travailler autour des émotions avec ses élèves, mais aussi des points de vigilance, des approfondissements et des suites paraissant intéressantes.

Découvrez donc ci-dessous la synthèse de la réflexion d’une quinzaine de Partageurs issus des cycles 1, 2 et 3, enseignants spécialisés et formateurs !

Une liaison cycle 1 / cycle 2

Le thème des émotions, lorsqu’il a été travaillé en maternelle, apparaît comme un élément facilitateur : la réactivation est aisée, un bagage lexical est déjà constitué. Une liaison systématique avec la maternelle permettrait donc d’aller plus loin dans ce qui pourrait être proposé en EMC, en proposant par exemple d’autres types de supports que ceux déjà rencontrés.

Des incontournables

L’aspect ludique a recueilli l’adhésion de tous, notamment parce qu’il présente l’avantage de faire entrer un maximum d’élèves dans la séance, y compris les plus inhibés. Une distanciation est possible et les échanges aisément engagés.

Autre élément incontournable pour bon nombre d’enseignants : la pluralité de supports permettant d’introduire le thème des émotions, tels les smileys (univers proche de l’élève), le dessin, la photo, les illustrations d’album, l’art, le mime… Il ressort aussi des échanges qu’il est important d’éloigner les élèves de supports familiers bien connus, en introduisant par exemple des extraits de littérature. Cela présenterait également l’avantage d’attirer l’attention des élèves sur l’identification des émotions des personnages, concept indispensable dans le processus de compréhension d’un texte narratif.

Affichage construit par les élèves du @Ce2Lallierb à l’occasion du #DéfiMurDesÉmotions

Les enseignants ne remettent pas en question le fait de travailler les différentes émotions de manière non cloisonnée, ce qui a donné lieu en classe à des comparaisons très précises telle que la différence entre se sentir joyeux ou serein.

Le lien étroit avec le lexique est apparu essentiel, de manière à travailler sur les versants identification, réception et production, dans l’idée de pouvoir comprendre autrui lorsqu’il s’exprime et d’être en mesure de mettre en mots ses émotions. L’outil lexical du mur devait faciliter le transfert de la compréhension et de l’usage de ces mots au quotidien, hors cadre de la séance d’EMC.

Un enseignement dans la durée

Pour tous, l’enseignement du lexique n’est pas considéré comme ponctuel, mais perçu comme s’inscrivant dans la durée, à travers des rituels ancrés dans le quotidien de la classe. La météo des émotions est un exemple de routine évoquée. D’autres enseignants ont créé un mur modulable selon les émotions des élèves : chacun peut y apposer sa photo ou son prénom selon l’émotion ressentie et consulter le bagage de mots disponible pour l’aider à la verbaliser. Il a d’ailleurs été souligné à juste titre que lorsque les élèves ont les mots, les colères s’amenuisent…

Outil construit par les élèves de l’@ecolevitrey à l’occasion du #DéfiMurDesÉmotions

Pour certains, l’outil lexical doit sortir du cadre de la classe, en le présentant à sa classe de référence en ULIS ou en fournissant un format individuel pouvant être rapporté à la maison.

Dans cet apprentissage du lexique, il est possible de travailler sur la graduation des émotions afin d’utiliser le langage le plus en adéquation avec l’intensité ressentie. Des thermomètres ou « échelles » des émotions peuvent être construits à cet effet.

Approfondir en observant et en questionnant ses émotions

Pour certains enseignants, les échanges autour des émotions pourraient aller jusqu’à un questionnement sur la source et les effets de celles-ci : d’où viennent-elles ? Qu’est-ce qui les provoquent ? Que provoquent-elles dans mon corps (lien avec les sensations) ? Pour cela, il est possible de faire réfléchir les élèves sur certains moments vécus et de les analyser à postériori. L’élève pourrait alors s’appuyer sur un « cahier d’observation des émotions ».

Exemple d’outil d’observation et d’analyse de ses émotions utilisé dans l’@ULIS_Leo

Les échanges pourraient être aussi axés sur les « remèdes » à certaines émotions et sur les besoins qu’elles entraînent sur l’individu, de manière à outiller davantage les élèves sur la gestion de celles-ci.

Un levier pour développer d’autres compétences

Le thème des émotions permet de développer des compétences transversales relevant de l’empathie et de la théorie de l’esprit. Cet enseignement est un vrai socle dépassant le cadre de l’EMC, se mettre à la place de quelqu’un ou exprimer ses émotions étant fondamental pour vivre au quotidien avec les autres. Aborder les émotions va ainsi être un levier pour engager les élèves dans une séquence autour de la résolution de conflit, par exemple à travers la mise en place des messages clairs, dont l’un des éléments constitutifs est la communication de son ressenti avant de résoudre le conflit pacifiquement.

Le champ conceptuel des émotions va aussi être élargi à d’autres disciplines : la compréhension de l’écrit est envisagée par tous, à travers l’identification des émotions des personnages. Les pistes évoquées relèvent de méthodes telle qu’Auditor Auditrix, tandis que d’autres enseignants évoquent des albums, un rallye lecture Max et Lili ou encore le support film Vice-Versa.

Exemple d’activité autour de l’analyse des pensées des personnages

D’autres liens interdisciplinaires sont possibles : les rituels visant à exprimer ses émotions peuvent avoir comme variable d’être menés en anglais.

L’interprétation a enfin été évoquée : chanter des chansons tristes, joyeuses… théâtraliser, créer et insérer des vidéos dans le mur pour le faire évoluer et l’enrichir toute l’année.

Enfin, il n’est pas rare que des classes aient été amenées à faire preuve de créativité pour illustrer des portraits d’émotions et façonner des visages expressifs dans divers matériaux.

Un grand merci à tous les enseignants qui ont permis la création de cette synthèse ! N’hésitez pas à nous faire part d’autres retours d’expérience et de votre réflexion autour de ce sujet essentiel : partageons !

Mélanie Bachimont (@mel_bachimont)


Retrouvez ici le storify créé par @Romypartage, regroupant les échanges autour du bilan du #DéfiMurDesÉmotions !

Share Button

Une réflexion sur “Enseigner les émotions : une réflexion collective !

Laisser un commentaire