La collaboration entre enseignants

Quand le réseau Bâtisseurs de possibles et le dispositif EMC, partageons ! décident de conjuguer leur expérience, cela donne #BâtisseursPartageurs, événement associé à LUDOVIA#15, à Ax-les-Thermes, en août 2018 ! En attendant cette prochaine édition de l’université d’été, de multiples occasions de faire connaissance, d’échanger, de bâtir et de partager seront proposées. À commencer par un tweetchat sur la collaboration entre enseignants, qui a rassemblé plus de 20 d’entre eux le 2 mai dernier.

Retour sur ce premier rendez-vous, à travers la synthèse ci dessous !

Vous avez dit collaborer ?

Pour commencer, il semble intéressant de revenir sur la notion de collaboration, en la distinguant de celle de coopération. Suzanne Gérard, coach en RH canadienne, propose la synthèse comparative suivante :

Ici, nous parlerons bien de collaboration, acte de travailler et de réfléchir ensemble autour de buts communs nécessitant un effort coordonné, marqué par l’horizontalité des rapports entre pairs. La collaboration à distance, élément caractéristique de plusieurs collectifs d’enseignants connectés, a notamment été évoquée à plusieurs reprises lors du tweetchat.

Collaborer, oui, mais pourquoi ?

Les échanges ont montré une grande diversité de pratiques collaboratives entre enseignants, qui peuvent être instaurées dans différents contextes et selon des modalités variées.

En premier lieu, savoir collaborer avec ses collègues apparaît indispensable dans le cadre de l’École inclusive, pour la prise en compte commune des besoins éducatifs particuliers des élèves. De fait, une communication régulière entre tous les acteurs intervenant dans la scolarité d’un élève est nécessaire à la cohérence du projet personnalisé de celui-ci. Et la mise en place de temps partagés de scolarisation d’élèves d’ULIS devient ainsi une “affaire d’école”.

Par ailleurs, le terme projet est revenu à plusieurs reprises. À l’échelle de l’école, une volonté de dépasser les murs de la classe est exprimée à travers la mise en place de projets interclasses ou de projets au sein d’un même cycle, comme en maternelle. Parfois, la collaboration est une réponse à “l’isolement” des enseignants exerçant seul au sein d’un niveau de classe ou d’un cycle, y trouvant là un moyen de réfléchir et de co-construire à plusieurs.

À l’ère du numérique, un certain nombre d’outils facilitent grandement les échanges à distance. Si des outils institutionnels favorisant la collaboration sont cités, tels que le Viaéduc et la plateforme Magistère, le réseau social Twitter est lui considéré communément comme “la salle des maîtres idéale” pour bon nombre d’enseignants ayant créé un compte.

Les interactions nombreuses sont recherchées. C’est d’ailleurs le canal de communication privilégié par de nombreux collectifs évoqués tels que @TwicteeOfficiel, @c2cEdu ou encore @AplatiTour.

Une collaboration à distance est permise également grâce aux documents collaboratifs d’écriture partagée et visio-conférences, permettant des échanges asynchrones ou synchrones selon les besoins. Pour @EMCpartageons, le conseil Créa en direct permet par exemple de définir ensemble les objectifs des scénarios pédagogiques à élaborer.

À noter que la “rencontre IRL” (in real life) n’est pas pour autant délaissée et a lieu autant que possible, parfois même après une “rencontre numérique” (l’université d’été LUDOVIA en est une belle occasion !).

Enfin, dans le cadre de la formation, il existe des structures reposant sur le travail collaboratif. Ces groupes de travail, au sein de circonscriptions, départements ou académies, rassemblent des enseignants autour d’intérêts communs (la maternelle, les pédagogies coopératives…) ou d’objectifs communs (conception d’actions de formation ou de diffusion de bonnes pratiques, comme autour du numérique éducatif).

Collaborer… Un “plus” ou un “indispensable” ?

Certes, toute collaboration nécessite un investissement. Collaborer implique de s’apprivoiser, de s’organiser collectivement et de gérer le temps au mieux, tout en s’adaptant aux rythmes de chacun… Pierre Lignée soulève à juste titre qu’un écueil à éviter serait “d’attendre des résultats et des réponses immédiates” du fait de notre société hyperconnectée.

Mais assurément, les plus-values du travail collaboratif sont nombreuses.

Nous pouvons catégoriser les apports relevés de la manière suivante :

  • Fabienne Requier explique que “collaborer c’est formaliser”, les échanges incitant en effet à se questionner, à prendre du recul, à expliciter sa réflexion et à reformuler pour être compris si nécessaire.
  • “On s’enrichit” exprime Isabelle Watrinet, grâce aux apports de chacun, à la richesse des pratiques partagées, à la diversité des idées et des outils, à un regard externe, aux feed-back dont on peut bénéficier…
  • “On apprend à faire confiance” ajoute Christelle Lacroix. Avoir confiance en soi et en autrui, apprendre à se connaître et se situer soi-même par rapport au collectif… des conditions apparaissant comme essentielles pour apprendre à travailler ensemble.
  • Christine Bourkache évoque “un leadership horizontal et partagé”, à travers l’instauration d’une réciprocité, d’une écoute et d’une réelle bienveillance.
  • Jeremie Goalès évoque la sensation de “vivre des moments forts” ; parmi les effets d’une collaboration réussie, on peut recenser le non jugement, l’absence de frein, le sentiment d’efficacité, de fierté et de valorisation, la motivation, le bien-être et le plaisir.
Osons la collaboration !

OSER semble être le maître mot, ce conseil étant formulé à mainte reprises au cours des échanges. Et à cet effet, pourquoi pas commencer avec des personnes que l’on connaît, que l’on apprécie, ou via le numérique, parfois facilitateur…

OSER, car l’on trouvera toujours des enseignants “aidants qui guident, rassurent” ajoute Nabila Errami.

OSER, pour progresser, sans craindre l’échec, car ce qui est valable pour les élèves l’est aussi pour les enseignants : comme le martelait Christelle Prince à ses élèves, “on apprend en se trompant et on se trompe en apprenant”.

OSER, car “avec la collaboration, tout est possible !”, nous dit Else Simon.

OSER, car l’enjeu est de taille : d’après Stéphanie Fizailne, collaborer crée les conditions d’un véritable “développement professionnel”.

Pénélope Lanterne résume joliment les choses : “La collaboration : l’essayer, c’est l’adopter.

Une culture de la collaboration ?

Les affinités apparaissent comme un facteur “facilitateur” dans la mise en place de la collaboration ; le partage d’une même passion pour l’éducation ou un même goût pour les pratiques collaboratives est recherché. Lorsque la collaboration est exercée à distance, il est très fréquent que ces affinités se créent avec le temps : les enseignants ont alors le sentiment de devenir “collègues”, voire plus !… Enfin, il arrive même que la collaboration à distance — terminologie préférée à celle de “virtuelle” — soit ressentie comme plus aisée ou privilégiée, entre enseignants qui “se comprennent”. “Quand on y regarde de près, on retrouve souvent les mêmes personnes, les mêmes volontés d’investissement et de partage”, exprime ainsi Romance Cornet.

Si la collaboration semble prendre appui sur une volonté commune de travailler et de faire mieux ensemble, sur une culture partagée, elle n’en fait pas moins partie des compétences apparaissant dans le référentiel de compétences du professeur des écoles. Les différents témoignages, au-delà de toute “plus-value”, font état d’un développement professionnel grâce au collectif. Enfin, il semble cohérent de penser qu’appréhender soi-même, en tant qu’enseignant, cette modalité de positionnement, permet de mieux apprendre à ses élèves à vivre ensemble. Cela questionne…

Finalement, le développement du travail collaboratif ne se révélerait-il pas être un véritable enjeu de formation ?


Pour aller plus loin…

Un dossier des Cahiers pédagogiques sur les “collectifs d’enseignants connectés”, coordonné par Fabien Hobart, Régis Forgione et Jean-Philippe Maître, à paraître prochainement…


Grand merci à tous les participants au tweetchat, qui ont permis la production de cette synthèse : @NaErrami, @ChristelleRenou, @KrisBourkache, @Romypartage, @MarieDigneau, @P7i7Plum3, @OnayaBlog, @drumoly, @Isawatrinet, @NoemieMartin6, @ICholat, @Proffrancais1, @fabiennerequier, @lothoca, @julien_cremoux, @bolle_besancon, @StephFizailne, @Jeremiahgoal, @tchoulelacroix, @jlkpodar, @cadet_val, @benjaminc0946.

Merci également à Alexia du réseau Bâtisseurs de possibles (@bpossibles) et à Christelle Prince (@Christel_Prince) de l’association EMC, partageons ! (@EMCpartageons) qui ont animé le tweetchat !

Mélanie Bachimont (@mel_bachimont)

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